Philadelphe Nomarque de Saïs

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 | Sujet: Alexandre le Grand en Iran : Le Dârâb Nameh Jeu 19 Juin 2008 - 22:07 | |
| Cette traduction du Dârâb Nameh (Livre de Darius) de Abu Tâher Tarsusi compose le cinquième volume de la collection Persika du Collège de France sous la direction de Pierre Briant, occupant la chaire d’histoire et civilisations du mon achéménide et de l’empire d’Alexandre.
Composé au XIIe siècle, un siècle environ après le Chah Nameh (Livre des Rois) de Ferdowsi contant toute la geste des rois d’Iran dans le plus long poème au monde, le Dârâb Nameh comme son nom l’indique est consacré à Dârâb (Darius III) mais plus largement à Iskandar (Alexandre).
Cette épopée est précédée d’une intéressante étude sur les sources du Dârâb Nameh et sur la vision d’Alexandre dans le monde iranien, une vision double : celle du grand conquérant sage, prophétique, puisant ses sources dans le Roman d’Alexandre du pseudo-Callisthène, mais aussi à l’exégèse musulmane d’un Alexandre prophète et roi de la terre (le Dhul al-Qarnayn du Coran). Mais aussi la vision contraire, celle du tyran, du dément colérique et ivrogne, destructeur de l’Iran, inspiré par l’antithèse d’Ahura-Mazda, Ahriman, pendant de Zahak et d’Afrasiyab, ennemis de l’Iran des temps mythologiques, de celui qui a brûlé Persépolis et les livres saints du zoroastrisme.
Ferdowsi dans son Chah Nameh fit un portrait assez élogieux d’Alexandre ; le Dârâb Nameh en prend le contre-pied.
Doué de toutes les qualités à sa naissance, élevé par Aristote, Alexandre sera pourtant privée de sa sagesse juste après son élection au trône de Rum (l’empire Byzantin du temps du XIe siècle, assimilé à la Macédoine antique), quand une querelle éclate entre lui et Aristote. Son amoindrissement intellectuel (il n’arrivera même plus à lire) ne l’empêchera toutefois pas de conquérir le monde grâce à l’aide des sages dont Aristote et de sa future épouse Burân-Dokht ; « Rowshanak », Roxanne, véritable reine guerrière, puissante et intelligente, elle en vient à voler la vedette à Alexandre dans le rôle du prince parfait.
Cette vision négative d’Alexandre trouve ses sources aussi nombreuses que celles qui font du macédonien le roi Juste. Les sources iranienne, hostiles aux grecs en premier lieu. Mais aussi du coté des grecs : l’amoindrissement intellectuel d’Alexandre pourrait très bien être inspiré de cette anecdote, rapporté par l’orateur athénien Démosthène, qui dit qu’Alexandre ne se séparait jamais des rouleaux d’Homère comme si son savoir en dépendait.
Un autre point est l’iranité supposé d’Alexandre ; fils de Dârâb, il est pourtant élevé à la cour de Rum auprès de Philipe, évoquant par là la paternité de Nectanebo, dernier pharaon d’Egypte, dans le Roman d’Alexandre. A moitié iranien, Alexandre n’arrive pourtant pas à se faire légitimer de ses sujets, on va même jusqu’à douter de sa paternité avec Dârâb. On peut aussi y voir le dualisme entre l’iranisation de la société macédonienne qu’avait tenté d’imposer Alexandre et la fusion ethnique raté de son empire. Son iranité peut aussi être mis en rapport avec sa recherche de la grécité dans la réalité, où l'on renvoit à la moquerie de Démosthène sur les rouleaux d'Homère.
L’étude du livre porte surtout sur Roxane, qui tient même le rôle principal ; face à un Alexandre peureux, qui préfère la ruse et la traîtrise à la franchise et au combat singulier, Roxane incarne le guerrier parfait, le véritable roi de ce couple étrange, dans des valeurs parfaitement inversés. Alexandre est orgueilleux, Roxane est humble. Il est faible, elle est forte. Ses ordres sont insensés, c’est elle qui rattrape ses faux jugements. C’est aussi l’opposition de se semi-iranien, ce « fils de Rum sans père », contre cette « champion de l’Iran », on ressent cette iranité qui transpire dans le récit, bien plus que dans le Shah Nameh de Ferdowsi.
Emprunt aussi du zoroastrisme, Roxane serait aussi l’incarnation d’Anahita, la déesse des eaux ; son mariage avec Alexandre se faisant juste après qu’il aperçu cette princesse se baignant nue (comme Actéon et Artémis). Déesse aussi guerrière, elle dispose de tous les attributs dont est parée Roxane dans le Dârâb Nameh. Déesse aussi de l’investiture royale, comme il est mentionnée par Hérodote, dans son sanctuaire à Pasargades sous les Achéménides, ou à Estakhr sous les Sassanides ; c’est en tout cas dans cette dernière ville que Roxane prend la main d’Alexandre et le fait asseoir sur le trône, le légitimant comme roi d’Iran. Le fait aussi que Roxane soit une princesse guerrière et premier conseiller du roi détonne dans la littérature du Moyen-Âge du monde iranien, même s’il existe de telles femmes dans les épopées du monde musulman, même dans le Chah Nameh, elle ne sont pas aussi omniprésente et ne suppléer jamais le personnage masculin.
Abu Tâher Tarsusi était-il zoroastrien comme on le prétend pour Ferdowsi ?
Pourtant, le portrait peu flatteur d’Alexandre est délayée par celle, plus humaine, d’un homme qui aspire à voir les merveilles du monde dans un voyage initiatique plus que de conquête du monde, celui que lui donne à voir le Coran d’un prophète de l’Islam avant l’heure. |
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