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Critique de Polybe sur un récit de Callisthènes

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nidor
Pirate de Cnide


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MessageSujet: Critique de Polybe sur un récit de Callisthènes   Jeu 30 Aoû 2007 - 18:23

J'avoue, j'ai la flemme de vous restituer tout ça...
J'ai trouvé cette critique fort intérressante, et je ne savais pas où la mettre...Changez si vous voulez. Je sais, c'est long à lire, mais Polybe a un style agréable je trouve. Il est vraiment cru !




Contradictions dans lesquelles est tombé Callisthènes en racontant une des batailles d'Alexandre contre Darius.

Pour ne pas vouloir déroger à l'autorité d'hommes si célèbres, disons en passant quelques mots de la bataille donnée en Cilicie entre Alexandre et Darius, bataille célèbre qui n'est pas fort éloignée du temps dont nous parlons, et à laquelle, ce qui est le principal, Callisthènes se trouvait. Cet historien raconte qu'Alexandre avait déjà passé les détroits et ce que l'on appelle dans la Cilicie les Pyles, et que Darius ayant pris sa route par les Pyles Amaniques était entré avec son armée dans la Cilicie, lorsque ce prince, averti par les habitants du pays qu'Alexandre tournait vers la Syrie, se mit à le suivre; qu'arrivé près des détroits, il campa sur le Pyrame; que le poste qu'il occupait n'avait pas depuis la mer jusqu'au pied de la montagne plus de quatorze stades; que le fleuve, venant des montagnes entre clés côtes escarpées, traversait obliquement cet espace, et allait de là par une plaine se décharger dans la mer, coulant entre des hauteurs fort raides et inaccessibles.
Après cette description, il dit qu'Alexandre étant revenu sur ses pas pour aller au devant de ses ennemis, Darius et ses officiers avaient rangé leur phalange en bataille dans le camp même qu'il avait pris d'abord; qu'il s'était couvert du Pinare qui coulait proche du camp; qu'il avait rangé sa cavalerie sur le bord de la mer; auprès d'elle, le long du fleuve, les étrangers soudoyés , et les peltastes tout au pied des montagnes.
Mais comment ces troupes pouvaient-elles être postées devant la phalange, le fleuve passant auprès du camp? Cela n'est pas concevable. Elles étaient trop nombreuses pour cela; car, au rapport même de Callisthènes, il y avait trente mille chevaux et autant d'étrangers soudoyés. Or, il est aisé de savoir combien ce nombre de troupes devait occuper d'espace. La cavalerie se range pour l'ordinaire sur huit de hauteur, et c'est la meilleure méthode. Entre les turmes, il faut laisser sur le front une distance raisonnable pour la commodité des différents mouvements. Ainsi un stade ne peut contenir que huit cents chevaux; dix stades, huit mille; quatre stades, trois mille deux cents; de sorte que dans quatorze stades, il ne peut tenir que onze mille deux cents chevaux. De plus, pour loger sur ce terrain trente mille chevaux, il faudrait en faire trois corps les uns sur les autres sans intervalle. Et cela posé, où étaient donc les étrangers soudoyés? Derrière la cavalerie peut-être; mais Callisthènes ne dit point cela, puisque, selon lui, au contraire, les mercenaires eurent affaire aux Macédoniens ; d'où l'on doit nécessairement conclure que la moitié du terrain du côté de la mer était occupé par la cavalerie, et l'autre moitié du côté des montagnes par les étrangers soudoyés. On peut encore juger par là sur quelle hauteur était rangée la cavalerie et combien le fleuve était éloigné du camp.
Il dit ensuite que les Macédoniens s'étant avancés, Darius, qui était au centre de son armée, appela à lui les étrangers d'une des ailes. Cela ne paraît pas encore trop aisé à comprendre; car il fallait que la cavalerie et les mercenaires fussent réunis ensemble au milieu de ce terrain. Or, Darius se trouvant là parmi les mercenaires, comment et pourquoi les appelait-il? Il ajoute que la cavalerie de l'aile droite fondit sur Alexandre, et que celui-ci soutint avec vigueur; qu'il vint aussi contre elle, et que le combat fut vif et opiniâtre. Mais cet historien a oublié qu'entre Darius et Alexandre il y avait un fleuve, et un fleuve tel qu'il le décrit un moment auparavant.
Il n'est pas plus judicieux sur ce qui regarde Alexandre. Selon lui, ce prince passa en Asie avec quarante mille hommes de pied et quatre mille cinq cents chevaux; et pendant qu'il se disposait à entrer dans la Cilicie, il lui vint de Macédoine un renfort de cinq mille hommes d'infanterie et de huit cents de cavalerie. Ôtons de ce nombre trois mille fantassins et trois cents chevaux pour différents usages, c'est le plus qu'on puisse détacher de l'armée pour cela, il lui restait donc quarante-deux mille hommes de pied. Alexandre avec cette armée ayant passé les détroits, apprit que Darius était dans la Cilicie et qu'il n'était éloigné de lui que de cent stades. Aussitôt il rebrousse chemin et repasse les détroits, la phalange faisant l'avant-garde; la cavalerie, le corps de bataille et les équipages l'arrière-garde. Aussitôt qu'il fut dans la plaine, il forma la phalange et la mit sur trente-deux de profondeur, après avoir marché quelque temps sur seize, et quand il fut près des ennemis, sur huit.
Or, tout ce récit est encore plus absurde que le précédent; car, en marchant sur dix-huit de hauteur avec les intervalles ordinaires de six pieds entre chaque rang , un stade tient seize cents hommes, par conséquent dix stades en tiendront seize mille, et vingt stades trente-deux mille. De là on voit que lorsqu'Alexandre mit son armée sur seize de hauteur, il fallait que le terrain fût de vingt stades; et cependant il lui restait encore à poster toute sa cavalerie et dix mille fantassins.
Il ajoute que quand Alexandre fut à quarante stades des ennemis, il mena contre eux son armée de front. On aurait peine à imaginer une plus grande absurdité; car où trouver, surtout dans la Cilicie, une plaine de vingt stades de largeur et longue de quarante stades? Or il n'en faut pas moins pour faire marcher de front une phalange armée de sarisses. Et d'ailleurs à combien d'embarras cette sorte d'ordonnance n'est-elle pas sujette? Je ne veux pour le prouver que le témoignage même de Callisthène , qui dit que les torrents qui se précipitent des montagnes creusent tant d'abîmes dans la plaine, que la plupart des Perses y périrent en fuyant.
En vain dirait-il qu'Alexandre voulait par là faire face aux ennemis en quelque endroit qu'ils parussent; car rien n'est moins en état de faire face qu'une phalange dont le front est désuni et rompu. Il était beaucoup plus aisé de se ranger en ordre de marche que de présenter de front et sur une seule ligne droite une armée éparse et divisée, et de la mettre aux mains dans un terrain couvert de haies et plein de ravins. Il devait donc plutôt former deux ou quatre phalanges à la queue les unes des autres. On aurait pu leur trouver des passages, et il n'aurait pas fallu grand temps pour les ranger en bataille : et d'ailleurs, qui empêche qu'on ne se fasse informer par des avant-coureurs de l'arrivée des ennemis longtemps avant qu'ils soient en présence? Il fait encore ici une autre faute, car il mène l'armée de front dans une plaine et ne fait pas marcher devant la cavalerie. Elle marche sur une même ligne avec les gens de pied.
Mais voici la plus grande de toutes les absurdités. Quand, dit-il, Alexandre fut près des ennemis, il se rangea sur huit de hauteur. Il fallait donc de toute nécessité que la phalange eût quarante stades de longueur. Que l'on serre, si l'on veut, les rangs de telle sorte, qu'ils se touchent les uns les autres, il faudra toujours que le terrain qu'elle occupe soit long de vingt stades. Et cependant il dit qu'il n'en avait pas quatorze, et outre cela qu'une partie était proche de la mer, l'autre partie sur l'aile droite, et qu'entre la bataille et les montagnes on avait laissé un espace raisonnable pour n'être pas sous le corps qui était posté au pied de la montagne. Il est vrai que pour couvrir l'armée contre ce corps, il lui en oppose un autre en forme de tenaille. Mais aussi nous lui laissons pour cela dix hommes de pied, ce qui est plus qu'il ne demande. Il suit de tout ce que nous venons de dire que, selon cet historien, la phalange avait tout au plus onze stades de longueur, et par une conséquence nécessaire qu'on avait logé dans cet espace trente-deux mille hommes sur trente de hauteur. Cependant à l'heure du combat la phalange était sur huit de hauteur au rapport de Callisthènes. Comment excuser des contradictions si manifestes? L'impossibilité des faits qu'il rapporte saute d'abord aux yeux. Après avoir marqué l'intervalle qu'il y avait entre chaque homme, déterminé la grandeur du terrain, compté le nombre des troupes, il ne pouvait mentir sans se rendre inexcusable.
Je serais trop long si je voulais montrer toutes les absurdités dans lesquelles il est tombé. J'en toucherai seulement quelques-unes. Il dit qu'Alexandre, en mettant son armée en bataille, prit garde qu'il pût combattre avec le corps que commandait Darius , et, de même, que Darius voulait se battre contre Alexandre, mais qu'ensuite il changea de sentiment, et il ne dit ni comment l'un et l'autre pouvaient connaître en quel quartier de leur armée ils étaient, ni où Darius se retira après avoir changé de résolution. De plus, comment la phalange en bataille est-elle montée sur le bord d'un fleuve qui presque partout est escarpé et couvert de buissons? Il n'est pas permis de mettre une si grande ignorance sur le compte d'Alexandre que l'on reconnaît avoir dès son enfance appris et exercé le métier des armes. On ne doit donc s'en prendre qu'à l'historien, qui était si neuf dans les choses de la guerre qu'il ne savait pas distinguer ce qui se pouvait de ce qui ne se pouvait pas. Mais laissons là enfin Éphore et Callisthènes
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