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La pauvreté à Rome

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Tanit
Dominus et Deus


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MessageSujet: La pauvreté à Rome   Dim 11 Sep 2005 - 20:11

J'ai trouvé toute une série d'articles dans la revue " Les belles lettres"
sur le sujet . (apparemment à Rome il valait mieux être esclave que pauvre !
(je passerai sur les analyses de syntaxe et sur le texte original -je risquerai de faire trop de fautes ...) mais quelques réflexions et références me paraissent très intéressantes (si l'un d'entre vous était particulièrement intéressé par l'article complet , je ferai un effort de copies ..)

Regards romains sur le pauvre et la pauvreté

I Premiers clichés


Il est assez difficile de savoir ce qu'était vraiment la pauvreté dans le monde romain : les pauvres et les humbles occupent peu de place dans les documents qui nous sont parvenus, et, quand ils y figurent, c'est plus en fonction du regard porté sur eux par les riches qu’en fonction de la réalité de leur condition. Ce jugement des riches est fondé sur des clichés qu’on pourrait classer en deux catégories :
1) Pauvres et gagne-petit sont un élément « structurel » du monde, dans lequel ils remplissent une fonction nécessaire : produire les objets dont on besoin les hommes de l’élite, ceux dont l’activité est dite « libérale » Voici comment Cicéron qualifie ces tâcherons :
« indignes d’un homme libre, et sordides, sont les gains de tous ces salariés dont ce sont des heures de boulot et non un savoir –faire que l’on paie : dans leur cas, le simple fait de recevoir un salaire est le prix de leur mise en servitude . »

2) Simultanément –et paradoxalement – on affirme que les pauvres sont dangereux, parce qu’ils seraient plus ou moins responsables de leur sort, mais en même temps prêts à tout pour y échapper, fût-ce en détruisant la société. Voici un bel exemple de cet amalgame , sous la plume du vertueux Salluste qui , pour expliquer les premiers succès de Catilina, essaie de montrer que Rome était alors menacée par une plebs , qu’il présente comme un ramassis de mécontents, coutumière de tous les débordements :

« Toute la plèbe , avide de révolution, approuvait les entreprises de Catilina. En cela d’ailleurs, il était évident qu’elle agissait selon son habitude. De fait, toujours, dans une cité, ceux qui n’ont pas de biens jalousent les gens de biens et portent aux nues les crapules ; ils détestent tout ce qui est ancien, appellent de leurs vœux ce qui est inédit ; par dégoût de leur propre situation, ils travaillent à tout changer ; sans scrupules ils se nourrissent de désordres et de mouvements d’agitation, car l’état de misérable est facilement considéré comme étant sans risque.
La plèbe urbaine, en particulier, elle, était prête à foncer, pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, ceux qui partout se signalaient le plus par leurs turpitudes et leur culot, d’autres aussi, après avoir perdu dans la honte les biens de leurs pères, tous ceux enfin que le scandale ou le crime avait chassés de leur maison, tous ces gens-là avaient conflué à Rome comme dans une sentine. Ensuite beaucoup de gens, se souvenaient de la victoire de Sylla, étant donné qu’ils voyaient d’anciens soldats du rang devenus les uns sénateurs, les autres si riches qu’ils vivaient avec une alimentation et des vêtements royaux, espéraient, , chacun pour soi, que , s’ils se trouvaient sous les armes , ils tireraient d’une victoires pareils avantages. En outre des hommes encore jeunes qui , à la campagne avaient pu endurer le manque de ressources grâce au travail de leurs mains, attirés par des larges subventions privées et publiques, avaient préféré la vie sans contrainte de la ville , à un travail ingrat. Ceux-là, et tous les autres, c’est le malheur public qui les nourrissait. Il n’est donc pas étonnant que des gens dans la misère, aux mœurs perverties, mais à l’espérance sans borne, aient eu aussi peu de souci pour l’Etat qu’ils n’en avaient pour eux –mêmes. »

Je vous donne aussi le commentaire : On appréciera le magnifique exercice de rhétorique auquel donne lieu cette analyse/amalgame : généralisation abusives , construction lourdement balisée du catalogue qui vient illustrer la thèse d’introduction ; raffinement vipérin dans le choix des mots, densité et éclat des formules, asymétrie de construction, asyndètes brutales, tout celà à contre-pied (volontaire ) de la copia cicéronienne. Les anciens grammairiens latins ne s’y sont pas trompés, qui ont emprunté à cette page de nombreux exemples.

T. (la suite à plus !!)
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Tout choix est effrayant, quand on y songe: effrayante une liberté que ne guide plus un devoir. A. Gide (les Nourritures terrestres)
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Ramsès
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Dim 11 Sep 2005 - 20:28

Merci Tanit Nefertiti
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Ce que nous faisons dans la vie, résonne dans l'Eternité.

Citation Egyptienne
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Steuf
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Dim 11 Sep 2005 - 21:09

Très intéressant, tout ça, Tanit ! A quand la suite (s'il y en a bien une) ?


Salluste a écrit:
Toute la plèbe , avide de révolution, approuvait les entreprises de Catilina. En cela d’ailleurs, il était évident qu’elle agissait selon son habitude.

Nefertiti
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Tanit
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Dim 11 Sep 2005 - 21:39

Mais oui , suite il y aura !!
-Les mots pour le dire (bon pour quelqu'un qui connait si peu de latin ça risque de faire pédant mais pourquoi vous en priver , vous ?) avec Isidore de Séville
-Définir un seuil de pauvreté avec Paulin de Pella
-La misère des uns c'est la fortune des pauvres avec Sénèque le Rhéteur
Méritent-ils notre pitié? ils sont paresseux et ils jouent avec Amien Marcellin.
Et puis encore ....Lactance,Cyprien,Ambroise, Augustin, Jérôme..
T.
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Cassandre
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Lun 12 Sep 2005 - 22:00

super Tanit....

chic une suite est prévue !!
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Tanit
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Mar 13 Sep 2005 - 0:09

Tout de suite Chère Cassandre :
II) Les mots pour le dire
(toujours de la copie !)
Voici la notice consacrée par Isidore de Séville au champ sémantique de la pauvreté."L'Inops est celui qui est sans tere : par ops nous entendons la terre, puisque celle-ci apporte de la richesse en portant du fruit. D'autres comprennent que l'inops est celui qui reste sans sépulture, non mis en terre, celui pour qui , une fois qu'il n'est plus là, n'a même pas été dressé un tumulus vide. Le miser est ainsi appelé à juste titre parce qu'il a perdu toute félicité. D'ailleurs il est mort au sens propre, si l'on suit Cicéron qui dans les Tusculanes appelle miséreux ceux qui sont morts, parce qu'ils ont perdu la vie. Le misérable est appelé ainsi parcequ'il est adapté à la misère. Le mendiant parce qu'il a moins que le minimum vital ; ou alors parce qu'il était d'usage , chez les Anciens, que celui qui était dans le besoin ferme sa bouche et tende la amain, en quelque sorte , qu'il "dise avec sa main".

Egens et indigens sont appliqués à ceux qui sont dans le besoin. (le sage n'a besoin de rien,:avoir besoin relève du manque absolu - Sapiens eget nulla re : egere necessitatis est. Sénèque )
Proletarii Littéralement, ce sont ceux qui n'ont pas d'autres richesses que leur progéniture, ceux qui "font des gosses " ce sont en fait , ceux qui n'ont pas de bien sous le soleil.
Pauper était certianement le terme le pus attendu ici, mais c'est aussi le plus vague. les etymologistes modernes voient dans ce mot les restes d'une composition unissant paucum et pario (pau + per par aphonie ) : le pauper est celui produisant peu , dont l'activité n'est pas rentable , dont les revenus sont modestes.
On ajoutera le couple honestiores / humiliores sous l'Empire , il constituera une sorte de nomenclature officielle, classant les citoyens en deux catégories qui , dans un certain nombre de cas , ne relèveront pas du même traitement. E matière judiciaire, par exemple , les peines seront différentes : la faute qui entrainera la mort pour un humilior sera punie d'un simple exil si le coupable était honestior.
On voit que si l'on excepte egens, les mots qui désignent les pauvres ont été créés par les riches. d'ailleurs , de façon générale, les textes qui parlent des pauvres, à l'exeption des graffitis ou de quelques inscriptions funéraires , ont été écrits par des nantis. Dans l'édifiant florilège qui suit, on trouvera donc de très sérieuses interrogations du genre : qu'est-ce que la pauvreté ? Comment en sont-ils arrivés là ? La pauvreté n'est-elle pas un bien ? Toutes questions qu'il était peut-être plus facile de se poser avec détachement quand on était soi-même un locuples .

T.
(j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes !)
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Cassandre
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Mar 13 Sep 2005 - 8:05

c'est un régal, merci Tanit..... flower
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Cyrus
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Mar 13 Sep 2005 - 18:52

C'est vraiment intéressant, très chère Tanit, ces infos sur les ricci e poveri romains !

A quand une analyse synchronico-diachronique sur les rapports de classes dans l'antiquité ? Wink
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C'est parce que la vitesse de la lumière est plus rapide que celle du son, que bien des gens paraissent brillants avant de passer pour des c....
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Tanit
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MessageSujet: Re: La pauvreté à Rome   Mar 13 Sep 2005 - 20:04

On pourra passer à Spartacus ensuite ? J'ai le livre de Koestler à peine entamé sous le coude gauche !! Nefertiti
Mais d'abord une petite suite où j'ai lu une allusion à Gladiator !

(et j'ai trouvé une formule de copie un peu plus confortable (pour moi !)

III). Définir un « seuil de pauvreté » ?

C'est là une question qu'on ne se posait pas comme maintenant à grand renfort de chiffres et de statistiques. Même si les citoyens étaient classés par les registres du cens en fonction de leur revenu, les juristes, quand ils durent opérer un classement et déterminer plus nettement ce « minimum vital » que l'on appelait victus, se demandèrent surtout si ce terme ne désignait que le manger, ou comprenait aussi le vêtement et la paillasse « sans lesquels personne ne peut vivre ». Proposer des chiffres en monnaie romaine et faire calculer les équivalents en francs (or, Poincaré, ancien, nouveau) voire en euros, ne peut guère permettre une évaluation qui tienne compte du contexte économique. Mais on peut comparer quelques données chiffrées d'une même époque : quand un manœuvre gagnait deux à trois sesterces par jour (deux fois la solde d'une recrue de César), Caton, le vertueux philosophe, possédait des terres qui lui rapportaient à peu près 600 sesterces par jour ; dans l'armée, l'échelle de solde entre le soldat de base, le centurion en fin de carrière et le tribun sénatorial s'établissait à 1/66/400. En fait, à Rome comme partout, la perception de la « pauvreté » reste très subjective : Juvénal estimait que l'on était pauper si l'on avait un revenu annuel inférieur à 20 000 sesterces ; aux yeux de Sénèque, on vivait dans la pauvreté quand on se contentait de quelques esclaves ; au IVe siècle après Jésus-Christ, le poète chrétien Paulin de Pella évoque une période de sa vie au cours de laquelle la « pauvreté » l'a contraint à s'installer à Marseille :

« C'est à Marseille finalement que, dans ma pauvreté, j'ai choisi de m'installer, ville dans laquelle se trouvaient plusieurs saintes personnes qui m'étaient chères; mais aussi le modeste revenu d'un bien familial. Il n'y avait pas beaucoup à espérer de revenus nouveaux. Ce n'était pas un domaine exploité par des paysans attachés à lui, ni des vignobles, seule richesse dont se sert cette ville pour se procurer, en les faisant venir de l'extérieur, les choses nécessaires à la vie ; c'était simplement une maison de ville, un petit jardin attenant et un jardinet pour accueillir ma solitude ; il ne manquait ni de vigne ni d'arbres fruitiers, mais il manquait de terre bonne à être cultivée... »

PAULIN DE PELLA, Eucharisticon, v. 520 sqq.

Lorsque, sous Tibère, Valère Maxime entreprend de démontrer à ses contemporains que la paupertas est bien préférable aux divitiœ, il emprunte ses exemples à la glorieuse histoire des débuts de Rome, évoquant en particulier de nombreux généraux qui, après s'être couverts de gloire, avaient su retourner à leur modeste domaine agricole : le chiffre qu'il donne à plusieurs reprises pour définir cette modestie est celui de 7 jugères, soit à peu près 175 ares : c'était le lot attribué à chaque citoyen dans les distributions publiques ; on restait assez loin de la misère.

« Regulus,(1) comme, en Afrique, il écrasait les forces de l'insolente Carthage par ses victoires répétées,
et comme il avait appris que, en raison de ses succès, son commandement avait été prorogé pour l'année suivante, écrivit aux consuls que son intendant, dans la propriété de sept jugères qu'il avait dans la région pupinienne, était mort et qu'un ouvrier, ayant saisi l'occasion, ayant emporté du matériel agricole, était parti, et que, pour cette raison, il demandait que lui soit envoyé un successeur, de peur que, si son domaine était abandonné, il n'y ait plus de quoi nourrir sa femme et ses enfants.
Quand le Sénat eut appris cela des consuls, il ordonna d'abord que le domaine d'Attilius soit mis en fermage pour être cultivé, puis que des aliments soient fournis à son épouse et à ses enfants, et que le matériel qu'il avait perdu soit racheté aux frais de l'État. »



(1) Il s'agit du célèbre Regulus, consul en 256, qui est mort à Carthage dans d'affreux supplices.

demain : IV La misère des uns c'est la fortune des autres et V Méritent-ils notre pitié ? ils sont paresseux et ils jouent!
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