AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Prostitution obligatoire à Babylone?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Vort
Dominus et Deus
avatar

Masculin Nombre de messages : 1116
Date d'inscription : 05/02/2009

MessageSujet: Prostitution obligatoire à Babylone?   Sam 7 Juil 2012 - 20:10

Vers la fin du premier livre d'Hérodote, une anecdote à propos des moeurs des Babyloniens a particulièrement retenue mon attention:

"La plus honteuse des lois de Babylone est celle qui oblige toutes les femmes du pays à se rendre une fois dans leur vie au temple d'Aphrodite (=Ishtar) pour s'y livrer à un inconnu.
Beaucoup d'entre elles, fières de leur richesse, refusent de se mêler aux autres femmes et se font conduire au temple dans des voitures couvertes où elles demeurent, avec de nombreux serviteurs autour d'elles. Mais en général cela se passe ainsi: les femmes sont assises dans l'enceinte sacrée d'Aphrodite, la tête ceinte d'une corde, toujours nombreuses, car si les unes se retirent, il en vient d'autres. Des allées tracées en tous sens par des cordes tendues permettent aux visiteurs de circuler au milieu d'elles et de faire leur choix.
La femme qui s'est assise en ce lieu ne peut retourner chez elle avant qu'un des passants n'ai jeté quelque argent sur ses genoux, pour avoir commerce avec elle en dehors du temple. Il doit, en lui jetant l'argent, prononcer uniquement la formule: "J'invoque la déesse Mylitta" (Mylitta est le nom assyrien d'Aphrodite). Quelle que soit la somme offerte, la femme ne refuse jamais: elle n'en a pas le droit, et cet argent est sacré. Elle suit le premierqui lui jette de l'argent et ne peut repousser personne.
Mais, ceci fait, libérée de son devoir envers la déesse, elle retourne chez elle, et, par la suite, on ne saurait lui offrir assez d'argent pour la séduire. Celles qui sont belles et bien faites sont vite de retour chez elles, les laides attendent longtemps sans pouvoir satsfaire à la loi. Certaines restent dans le temple pendant trois ou quatre ans.
".
[I, 199]

Si on m'offrait la possiblité de choisir un lieu et une époque pour y être téléporté, il y a fort à parier que je n'hésiterai pas longtemps...
Bref. Ce n'est pas une nouveauté: les moeurs des Mésopotamiens étaient très libérées au niveau de l'érotisme, de l'époque d'Uruk, cité des "courtisanes, prostituées et filles de joie", à l'ère de Babylone, symbole de lascivité pour les Juifs. La déesse Isthar, qui incarnait l'amour physique, occupait une place prépondérante dans le panthéon du pays d'entre deux fleuves, aussi les mentalités mésopotamiennes s'étaient-elles familiarisées avec cet aspect de l'existence (il était honteux, disait-on à Uruk, de dormir seul), et bien des institutions étatiques et religieuses favorisaient ce mode de pensée: le mariage sacré (le roi s'unissait à une prêtresse d'Ishtar devant tout le peuple), notemment, et la prostitution sacrée (pratiquée par les prêtresses d'Ishtar, encore une fois).

Mais là, ce que raconte Hérodote est plutôt inédit: les lois auraient forcées les femmes babyloniennes à entrer dans le temple d'Ishtar pour se livrer à une forme de prostitution. Beaucoup ont voulu y voire une sorte de rite initiatique: la vie sexuelle des babyloniennes commençait par une offrande à la déesse Ishtar.

Il convient cependant de rappeler qu'Hérodote écrit souvent des récits trop pittoresques ou fantasques pour être authentiques, et qu'une bonne partie de ses anecdotes a été rédigée à partir de témoignages, et non d'observations. Pour ma part, je considère qu'Hérodote, qui s'est trompé de manière magistrale sur les dimensions de la ziggourat Etemenanki et des murs de la cité, n'a jamais mis les pieds à Babylone, mais qu'il l'a décrite, elle et ses coutumes, en recueillant des récits de marchands ou de voyageurs. Cette anecdote est, au mieux, la transposition d'un témoignage fidèle, au pire, une rumeur déformée.
Je pencherai plutôt pour la deuxième solution; je vois mal un Etat et une société parvenir à contraindre toutes les femmes d'une ville (d'autant que les aristocrates n'étaient, elles non plus, pas exemptées de cette tache!) à se prostituer. J'imagine qu'à Babylone il ne devait pas être rare ni marginal pour une femme de se prostituer au nom d'Ishtar, en revanche, et sous la plume d'Hérodote cette prostitution volontaire s'est muée en une obligation.

Mais je raisonne certainement en occidental du XXIème siècle, trop ancré dans sa culture européenne pour être objectif.

Une grande question se pose donc: dans les archives babyloniennes, a-t-on des traces d'une loi rendant obligatoire pour les femmes la prostitution?

Si jamais vous avez d'autres infos sur la prostitution à Babylone ou ailleurs au Moyen Orient, ou sur les pratiques liées au culte d'Ishtar, n'hésitez pas à poster ici, ce genre de sujet est toujours passionnant^^
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Alexandre
Le Grand (1,85 m.)
avatar

Masculin Nombre de messages : 1709
Age : 32
Localisation : Québec
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: Re: Prostitution obligatoire à Babylone?   Mar 10 Juil 2012 - 10:54

En fait, il serait plus juste de dire qu’Hérodote narre des anecdotes plus en accord avec sa vision grecque du monde et dans le but évident de démontrer que les orientaux sont si lascifs que la prostitution est un devoir sacré. Pour n’importe quel grec, il serait honteux de voir sa fille ou sa future épouse être livrée au premier homme venu pour une somme incertaine.

La réalité babylonienne est bien sûr toute autres : on a pour ainsi dire jamais trouvé de documentation (et ce ne sont pas les archives qui manquent) démontrant les affirmations d’Hérodote.
Il existe bien évidemment des prostitués sacrés officiant dans les temples, mais généralement, ils ont un statut d’esclave et leur but premier est de renflouer les caisses du temple. Mais ce genre de dispositions est mieux renseignés dans le cadre de la religion phénicienne (d’après mes souvenirs, c’est dans un comptoir commercial près des cités étrusques que l’on a retrouvé des sources écrites de prostitués des deux sexes en lien avec un temple).

On trouve également un portrait bien détaillé de la prostitution dans le récit de Gilgamesh : c’est une prostitué, Shamhat (« La Joyeuse » dans la traduction de Bottéro, mais aussi « la Séduisante ») ; c’est elle qui est chargé de déniaiser et civiliser Enkidu, mais ce dernier lui lance une malédiction avant sa mort (elle sera vêtue pauvrement, les ivrognes la battront, elle ne sera jamais dans le confort, n’aura pas de maison, sera toujours à l’ombre des murs de la cité) avant de lancer une bénédiction (les princes et les gouverneurs se battront pour elle, on lui offrira des bijoux et des pierres précieuses, et les maris abandonneront leurs épouses pour elle).
Bref, on ne voit pas de différences entre les deux portraits classiques de la simple porné à la très chic hétaïre. En clair, la prostitution dans le monde mésopotamien ne diffère guère de ce qu’on trouve dans les cités grecques.

Dans un article de Stéphanie Budin, Sacred Prostitution in the First Person (in “Prostitutes and Courtesans in the Ancient World”, ed. C. Faraone & L. McClure, 2006), il existe aussi trois autres témoignages en plus de celui d’Hérodote ; chez Strabon sur la cité d’Eryx en Sicile (Géographie, 6.2.5) :
Citons encore sur cette côte, parmi les lieux habités, la haute montagne d'Eryx, avec son temple de Vénus, objet en tout temps d'une vénération extraordinaire, et rempli autrefois de femmes esclaves que, dans leur piété, les Siciliens et mainte autre nation étrangère vouaient au culte de la déesse. Aujourd'hui pourtant la ville d'Eryx ne compte plus qu'un petit nombre d'habitants ; le temple, de son côté, a perdu toute cette population vouée au culte de Vénus. Sur le modèle de ce temple on a bâti à Rome, en avant de la porte Colline, le temple dit de Vénus Erycine, remarquable par le beau portique qui en entoure la cella.

Ce qui correspond à ce qui a été trouvé dans d’autres colonies phéniciennes.
Un autre exemple oriental est donné chez Strabon (11.14.16) :
Toutes les divinités de la Perse sans exception sont honorées par les Mèdes et par les Arméniens, mais Anaïtis est pour les Arméniens l'objet d'un culte particulier. Ils lui ont élevé des temples en différents lieux, notamment dans l'Akilisène, et ont attaché à chacun de ces temples bon nombre d'hiérodules ou d'esclaves sacrés des deux sexes. Jusque-là, à vrai dire, il n'y a point lieu de s'étonner; mais leur dévotion va plus loin et il est d'usage que les personnages les plus illustres consacrent à la déesse leurs filles encore vierges, ce qui n'empêche pas que celles-ci, après s'être longtemps prostituées dans les temples d'Anaïtis, ne trouvent aisément à se marier, aucun homme n'éprouvant pour ce motif la moindre répugnance à les prendre pour femmes. Hérodote' raconte à peu près la même chose des filles de Lydie : toutes aussi, suivant lui, se prostituaient. [Mais pour en revenir aux jeunes Arméniennes, nous dirons] qu'elles sont si libérales avec leurs amants que, non contentes de leur donner l'hospitalité, elles leur font souvent plus de présents qu'elles-mêmes n'en ont reçu d'eux, comme pour prouver qu'elles appartiennent à de riches maisons qui ne les laissent manquer de rien. Ce n'est pas d'ailleurs aux premiers venus qu'elles donnent ainsi l'hospitalité, et, autant que possible, elles n'accueillent que les hommes qui sont de même rang qu'elles.

Enfin, Lucien de Samosate dans son De dea Syria :
J'ai vu, à Byblos, un grand temple de Vénus byblienne, dans lequel on célèbre des orgies en l'honneur d'Adonis. […] En outre, ils se rasent la tête, comme les Égyptiens à la mort du bœuf Apis. Les femmes qui ne veulent pas sacrifier leur chevelure payent une amende qui consiste à prostituer leurs charmes pendant une journée. Les étrangers seuls, du reste, ont droit à leurs faveurs, et le prix du sacrifice est offert à Vénus.

En fait, S. Budin distingue le phantasme de la réalité : c'est-à-dire que la prostitution dite sacrée est en fait économique (c'est-à-dire des esclaves rattachés au temple pour un revenu complémentaire) et que la véritable prostitution sacré au sens où l’entend est un mythe basé sur une mauvaise interprétation de termes bien spécifiques et d’une bonne part de phantasmes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Vort
Dominus et Deus
avatar

Masculin Nombre de messages : 1116
Date d'inscription : 05/02/2009

MessageSujet: Re: Prostitution obligatoire à Babylone?   Sam 14 Juil 2012 - 3:55

Merci pour cette réponse détaillée! Je suis heureux de constater que les "anciens" membres de ce forum sont toujours présents.

Ah, dommage que la légende grecque devienne aussi terre à terre une fois démythifiée! Oui, nul doute que ce genre de pratique devait avoir un intérêt économique pour le clergé et l'Etat, et que récolter l'argent découlant de la libido des plus riches devait s'avérer rentable.

Citation :
En clair, la prostitution dans le monde mésopotamien ne diffère guère de ce qu’on trouve dans les cités grecques.

Je ne suis pas un spécialiste de la prostitution hellénique, mais il me semble que les Grecs étaient néanmoins plus pudiques et moins ouvert sur le plan de la sexualité que les Mésopotamiens.
Dans la mythologie, Ishtar (plus spécialement Innana) a un caractère plus lascif, plus érotique qu'Aphrodite, il me semble; de même, la présence de Lajoyeuse, prostituée qui couche avec le premier venu, apparaît comme normal dans l'Epopée de Gilgamesh, tandis qu'une telle chose ne serait même pas concevable dans l'Iliade. Et une coutume comme le mariage sacré, qui semble avoir bel et bien existée, n'est pas non plus envisageable en Grèce.
Bref je suis à peu près convaincu que cette prostitution obligatoire n'a jamais existée, cependant je n'irai pas jusqu'à dire que cette réputation de "lascivité" imputée par les Grecs aux Mésopotamiens est infondée.

Quand à cette prostitution sacrée, l'équivalent n'existait pas vraiment en Grèce ou je me trompe? En Mésopotamie, c'était quand même une prostitution encouragée par l'Etat, qui rapportait des bénéfices à ce dernier , non réprouvée par la société et justifiée par les mythes. Une telle chose n'existe pas en Grèce, à ma connaissance; ce qui creuse quand même un fossé entre la prostitution grecque et mésopotamienne^^

ça dépend bien sûr des cités: la prostitution était mieux considérée à Corinthe qu'à Athènes, j'imagine; mais dans l'ensemble elle était plutôt réprouvée en Grèce. De même, alors qu'à Uruk elle était encouragée et subventionnée, elle était réprouvée à Shuruppak; mais là encore, mes faibles connaissances en assyriologie me poussent à écrire la conclusion suivante: la sexualité et la prostitution étaient plus intégrées à la culture mésopotamienne qu'elles ne l'étaient à la culture hellénique; ainsi, les anecdotes des historiens grecs, bien qu'elles se révèlent mensongères, restent fondées (selon ce que je suis capable de déduire).

Quand à la falsification de la réalité par Hérodote, je ne pense pas qu'il agisse dans un souci de montrer la supériorité de la Grèce sur les "Barbares" orientaux. Il suffit de voir la description hagiographique qu'il dresse du mode de vie perse ou égyptien, allant même jusqu'à louer des coutumes perses, pour comprendre que ce n'est pas dans cette optique qu'il agit; il n'est pas dans son habitude de chercher à discréditer les cultures "barbares", ce n'est pas pour rien qu'on l'a qualifié de barbarophile.
C'est plutôt, selon moi, son sens de la pudeur hellénique qui se révolte face aux coutumes babyloniennes à propos de la sexualité, et qui cherche à les condamner. Autrement dit, il n'a pas cherché à prouver que les Babyloniens étaient des pervers lascifs en inventant cet anecdote, mais à condamner chez eux ce côté lascif à travers cet anecdote; autrement dit, il n'a pas inventé ce côté lascif dans une visée hellénocentrique, il s'en indigne seulement (autre indice indiquant qu'il existait bel et bien?).

Bon, à 3 heures moins 5 je n'ai pas les idées très claires, j'ignore si ce dernier raisonnement se tient ou s'il est fantaisiste^^
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Alexandre
Le Grand (1,85 m.)
avatar

Masculin Nombre de messages : 1709
Age : 32
Localisation : Québec
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: Re: Prostitution obligatoire à Babylone?   Mer 18 Juil 2012 - 23:41

Citation :
Je ne suis pas un spécialiste de la prostitution hellénique, mais il me semble que les Grecs étaient néanmoins plus pudiques et moins ouvert sur le plan de la sexualité que les Mésopotamiens.
Quand à cette prostitution sacrée, l'équivalent n'existait pas vraiment en Grèce ou je me trompe? En Mésopotamie, c'était quand même une prostitution encouragée par l'Etat, qui rapportait des bénéfices à ce dernier , non réprouvée par la société et justifiée par les mythes. Une telle chose n'existe pas en Grèce, à ma connaissance; ce qui creuse quand même un fossé entre la prostitution grecque et mésopotamienne

Je ne pense pas que les Grecs soient plus ou moins pudiques que les Mésopotamiens. La vision de la prostitution était tout aussi pratique : d’ailleurs, il est bien dit que Solon établit des tarifs avantageux et des maisons de passe publiques pour occuper la jeunesse oisive d’Athènes (et éviter par là même qu’ils ne courent après les vertueuses épouses).
Il y a également les Deipnosophistes d’Athénée, avec de nombreuses anecdotes croustillantes sur des prostituées, avec des portraits de la pornai du plus bas niveau jusqu’aux plus célèbres des hétaïres ; particulièrement dans le livre XIII.
http://remacle.org/bloodwolf/erudits/athenee/index.htm

De plus, les Grecs pratiquaient l’esclavage, ce qui devait fournir… hum comment dire ça en des termes peu crus ? Enfin, tu dois voir ^^. Il est dit également qu'à Sparte la prostitution n'existait pas à cause de leur monnaie de fer. Mais peut-être de façon plus prosaïque, la prostitution existait sous une autre forme : les hilotes devaient bien servir à autre chose qu'à être massacré une fois l'an.

Et il y a même un cas où un citoyen a été accusé de s’être prostitué, car selon la loi athénienne, c’était synonyme de déchéance de la citoyenneté. Une accusation bien pratique et particulièrement en vogue, preuve s’il en est que la prostitution touche toutes les classes. C’est justement le sujet d’un discours d’accusation d’un célèbre orateur (ou pas, j’ai un trou de mémoire, dire que je l’ai étudié pour un cours d’histoire). D'ailleurs, ça me fait penser qu'en Iran actuellement, on lance sur le même mode des accusations à tout va d'homosexualité dans le but de se débarrasser d'un opposant politique ou d'un voisin.


Je ne pense pas non plus qu’Ishtar/Inana soit plus lascive que son équivalente grecque (ou il nous faudra comparer à quel degré sont humanisés les dieux pour les juger de lascifs. Et là on rentre dans un autre débat sur la sexualité des dieux). Par contre, elle a un caractère plus violent, elle reste avant tout la déesse de la guerre et de la royauté.

Après, peut-être qu’Hérodote lui-même était un pudibond, mais je continue à penser que ce qui est choquant dans son anecdote est le fait que de nobles personnes (i.e. des personnes libres, équivalent à des citoyens de plein droit, ou des épouses, ou futures épouses, de citoyens) soient dans l’obligation de se prostituer (pour des motifs religieux ou non).
Il a donc la pudibonderie d’un grec de l’Antiquité, pas d’un occidental du XXIe siècle. Et vu qu’il n’a jamais posé un seul pied dans toute la Babylonie, son anecdote ne sert qu’à pimenter son ouvrage à partir d’un fait réel : des bordels attenants aux temples.


D’ailleurs, c’est marrant de lancer un tel sujet, car il me semble que notre nouvelle ministre déléguée au droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, vient justement d’abolir la prostitution (rien que ça).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Vort
Dominus et Deus
avatar

Masculin Nombre de messages : 1116
Date d'inscription : 05/02/2009

MessageSujet: Re: Prostitution obligatoire à Babylone?   Mar 24 Juil 2012 - 0:36

Solon aurait favorisé l'accès des Athéniens aux maisons closes? Ah, c'est en lisant des anecdotes comme celles là que je mesure l'étendue de mon inculture! Le livre XIII d'Athénée est amusant, en effet, et instructif également, à propos de la place de la femme dans l'Antiquité. La coutume spartiate qui consiste à fouetter les célibataires m'était inconnue, elle est intéressante dans la mesure où elle montre à quel point le mariage était important à Sparte.

Pour continuer sur Sparte, les citoyens ne possédaient pas d'argent tout court, et la propriété privée était également mal vue, donc j'imagine que la prostitution était relativement peu répandue. Ce n'est pas pour autant qu'ils n'avaient aucun moyen d'extérioriser leur libido: comme tu le dis, les hilotes devaient bien servir à quelque chose (bien qu'ils aient vécu en segrégation par rapport aux Spartiates), et, selon P.Cartledge, la pédérastie était extrêmement fréquente entre citoyens. Mais cette cité militariste est un cas assez à part dans l'histoire de la prostitution.

Hérodote serait scandalisé par le fait que des femmes de haut rang soient obligées de se prostituer? Peut être, bien qu'il ne mette à aucun moment l'emphase sur les femmes nobles lorsqu'il s'indigne de cette coutume.

Quoi qu'il en soit, je ne conteste pas que la prostitution ait été présente, et même fréquente en Grèce. Je doute seulement qu'elle ait été implantée aussi solidement dans les moeurs qu'elle ne l'était en Mésopotamie. L'anecdote que tu rapporte à propos du citoyen athénien accusé de prostitution est révélatrice: jamais, en Mésopotamien, quelqu'un n'aurait pu être accusé d'une telle chose. Au contraire, il me semble que la prostitution n'était pas réprouvée, et même parfois bien vue en Mésopotamie. Un exemple parmi d'autres, je cite le passage d'un livre de Gwendolyn Leick à propos d'Uruk:

"Copuler dans la rue était un événement considéré comme normal et joyeux, et dormir seul dans sa chambre pour des jeunes personnes était regardé comme une chose foncièrement inquiétante"

Les moeurs ont eu le temps de changer jusqu'à l'époque d'Hérodote, bien sûr, mais à mon avis de tels témoignages prouvent que la réputation de lascivité imputée à Babylone par les Grecs et la Bible est loin d'être infondée. Bottero a écrit un article sur la prostituion à Babylone, j'essayerai de le lire pour faire avancer le débat.

Ce qui se passe en ce moment en Iran est tragique; Ahmadinejad a déclaré il y a quelques années quelque chose comme: "il n'y a pas d'homosexuels en Iran, nous ne connaissons pas ce phénomène occidental"; bien sûr, être ouvertement homosexuel est passible d'une peine de prison. Mais j'ignorai que la mode était à la délation. D'où tiens tu cette information?

Je n'arrivai pas à croire ce que tu me disais à propos de notre ministre du droit des femmes jusqu'à l'avoir vérifié....si Najat Vallaud Belkacem se donne vraiment pour but de supprimer la prostitution, je lui souhaite bonne chance. Je sens que voir la prostituoin devenir semi illégale ne va pas être du goût de bon nombre de satires...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Alexandre
Le Grand (1,85 m.)
avatar

Masculin Nombre de messages : 1709
Age : 32
Localisation : Québec
Date d'inscription : 01/01/2007

MessageSujet: Re: Prostitution obligatoire à Babylone?   Mer 15 Aoû 2012 - 14:39

Vort a écrit:
Au contraire, il me semble que la prostitution n'était pas réprouvée, et même parfois bien vue en Mésopotamie. Un exemple parmi d'autres, je cite le passage d'un livre de Gwendolyn Leick à propos d'Uruk:

"Copuler dans la rue était un événement considéré comme normal et joyeux, et dormir seul dans sa chambre pour des jeunes personnes était regardé comme une chose foncièrement inquiétante"

Les moeurs ont eu le temps de changer jusqu'à l'époque d'Hérodote, bien sûr, mais à mon avis de tels témoignages prouvent que la réputation de lascivité imputée à Babylone par les Grecs et la Bible est loin d'être infondée. Bottero a écrit un article sur la prostituion à Babylone, j'essayerai de le lire pour faire avancer le débat.
Le problème c'est que nous sommes aussi dépendant des sources, et on dirait que G Leick s'est promenée elle-même dans les rues de Babylone pour nous décrire ça avec des détails aussi croustillants. Mais en même temps, on pourrait dire la même chose de la Rome antique si l'on prends le Satyricon de Pétrone comme source littéraire. D'ailleurs, jusqu'à présent, nous n'avons cité que des sources littéraires qui ne sont pas très fiables et sur un secteur d'activité pour le moins... original (dans le sens où il touche un secteur économique en grande partie informel).[/quote]


Citation :
Ce qui se passe en ce moment en Iran est tragique; Ahmadinejad a déclaré il y a quelques années quelque chose comme: "il n'y a pas d'homosexuels en Iran, nous ne connaissons pas ce phénomène occidental"; bien sûr, être ouvertement homosexuel est passible d'une peine de prison. Mais j'ignorai que la mode était à la délation. D'où tiens tu cette information?
En fait, c'est plutôt une peine de mort. Et pour se renseigner, juste quelques mots clés sur Google pour arriver à des exemples édifiants.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Prostitution obligatoire à Babylone?   

Revenir en haut Aller en bas
 
Prostitution obligatoire à Babylone?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Babylone = arabie saoudite = riyad = prostituée.
» 52 enfants mineurs sauvés d'un réseau de prostitution aux USA
» Le sacrifice : obligatoire ou Sounnah ?
» pour un étiquetage obligatoire des produits contenan de l'huile de palme
» Babel , babylone ..

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Monde Antique :: Civilisations antiques :: Asie Mineure, Proche et Moyen-Orient-
Sauter vers:  
Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Signaler un abus | Forum gratuit